La charpente traditionnelle en bois repose sur des assemblages mécaniques dont le principe consiste à transmettre les efforts d'une pièce à l'autre sans l'usage de fixations métalliques. Ces joints sont taillés directement dans la masse du bois selon des géométries précises, calculées pour résister à la compression, la traction ou le cisaillement selon leur position dans la structure.

Le tenon-mortaise

L'assemblage tenon-mortaise est le plus répandu dans la charpente française. Il associe une pièce mâle (le tenon), taillée en saillie à l'extrémité d'un élément, et une cavité femelle (la mortaise), creusée dans la pièce réceptrice. Le tenon s'insère dans la mortaise et l'ensemble est bloqué par une ou plusieurs chevilles en bois dur traversant les deux pièces.

Dans les fermes de charpente, ce type de joint relie systématiquement les arbalétriers aux entraits, les jambes de force aux poinçons et les chevrons aux sablières. La longueur du tenon représente conventionnellement le tiers de la largeur de la pièce travaillée, règle empirique transmise par le compagnonnage.

La cheville en bois de chêne qui bloque le tenon dans la mortaise est décalée d'un à deux millimètres par rapport au trou correspondant dans le tenon. Ce décalage volontaire, appelé « cheville tirante », provoque un serrage progressif de l'assemblage lors de l'enfoncement.

La queue d'aronde

La queue d'aronde tire son nom de la forme évasée du tenon, comparable à la queue d'un oiseau hirondelle. Cette géométrie trapézoïdale empêche le déboîtement en traction dans l'axe perpendiculaire à la pièce. Elle est utilisée principalement pour les assemblages entre sablières d'angle, entre entraits et aisseliers, et pour les liaisons de pannes.

Vue en coupe d'un assemblage mortaise et tenon
Vue en coupe d'un assemblage mortaise-tenon. Source : Wikimedia Commons (domaine public)

Dans la tradition alsacienne du pan de bois, les queues d'aronde apparaissent fréquemment aux angles des constructions, où la résistance au déboîtement est critique pour le comportement d'ensemble de la structure. Les variations de proportions entre régions reflètent des adaptations aux essences locales disponibles.

L'embrèvement

L'embrèvement est un joint de butée dans lequel l'extrémité d'une pièce en compression vient s'appuyer contre une entaille taillée dans la pièce réceptrice. Contrairement au tenon-mortaise, il ne résiste pas bien à la traction. Il convient donc aux pièces soumises exclusivement à des efforts de compression, comme les jambes de force.

Dans les fermes à entraits retroussés ou à poinçons, l'embrèvement est souvent complété par un tenon court et une cheville pour éviter tout mouvement latéral, formant ce que les compagnons nomment un « assemblage mixte ».

Le mi-bois

L'assemblage à mi-bois consiste à pratiquer dans chacune des deux pièces à assembler une entaille de profondeur égale à la moitié de l'épaisseur, de sorte que les deux pièces s'emboîtent au même niveau. Ce joint convient aux croisements et aux jonctions dans un même plan horizontal.

Type d'assemblage Effort principal Usage typique
Tenon-mortaise Flexion, cisaillement Arbalétrier / entrait, poinçon / contrefiche
Queue d'aronde Traction transversale Angles de sablières, jonctions de pannes
Embrèvement Compression axiale Jambe de force, contrefiche comprimée
Mi-bois Cisaillement plan Croisements de lisses, liens horizontaux

La taille et le marquage

Avant toute taille, le charpentier établissait son épure : un tracé à l'échelle 1 des pièces principales, réalisé au sol ou sur un plancher de traçage. Cette étape permettait de déterminer les angles exacts des coupes et d'éviter les erreurs lors de l'assemblage définitif.

Chaque pièce recevait ensuite un numéro de repère gravé à la rainette, instrument à lame inclinée. Ces marques, parfois encore visibles sur les charpentes médiévales lors des restaurations, permettaient d'associer chaque pièce à sa position dans la structure avant même que l'édifice ne soit érigé.

Évolution des pratiques

L'introduction de la charpente industrielle et des connecteurs métalliques au cours du XXe siècle a progressivement réduit l'usage des assemblages traditionnels dans la construction neuve. Néanmoins, les travaux de restauration du patrimoine — cathédrales, manoirs, granges historiques — nécessitent encore la maîtrise de ces techniques. La restauration de la charpente de Notre-Dame de Paris après l'incendie de 2019 a remis en lumière ces savoir-faire et conduit à former de nouveaux charpentiers à ces méthodes.

Pour aller plus loin : Wikipedia — Charpente et les ressources techniques des Compagnons du Devoir documentent les techniques de taille traditionnelles.

Dernière mise à jour : 15 mai 2026